Fraternité Citoyenne

L’Ukraine au bord de la guerre – matraquage idéologique / vérité – lettre aux députés

Bonjour.

Après les évènements tragiques et insupportables qui se sont passés à Odessa le vendredi 2 mai, le matraquage ignoble de nos élites continue en boucle pour nous désigner le responsable de ces exactions : Les russes. On voudrait comme en 1914 préparer l’opinion à une guerre mondiale pour sauver ce capitalisme du désastre à la dérive, que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Je crois qu’il nous faut se réapproprier cette maxime d’une grande sagesse : « Ceux qui oublient l’histoire sont condamnés à la revivre ».

En l’occurrence il convient de se rappeler les faits et de voir qui sont les personnes qui agissent au nom de l’état ukrainien.

1.  Des troubles ont été fomentés à Kiev sous la haute main des EU et de l’UE (John Mc Cain, Victoria Nuland, Catherine Ashton, BHL, les ministres des affaires étrangères allemands et polonais, etc…), suite au refus de l’Ukraine de ratifier l’accord de libre-échange avec l’UE. La révolution orange n’ayant pas abouti aux résultats escomptés, la phase suivante s’est mise en place. Elle consiste à s’appuyer sur les groupes nazis, violents et racistes d’Ukraine (Svoboda et Pravi Sektor) pour installer l’insurrection et favoriser le coup d’état du 21 février 2014. Les nazis du parti Svoboda sont au gouvernement à des postes clef, n’en déplaise à monsieur Fabius.

2. Les populations de l’est de l’Ukraine n’acceptant pas ce coup de force ont manifesté leur désapprobation devant le nouveau pouvoir.

3. Pour organiser la chasse aux anti Maïdan et éradiquer la contestation, le n° 1 de la CIA est venu prodiguer ses conseils au gouvernement ukrainien actuel. Il est vraisemblable que des conseillers militaires occidentaux et otanesques soient venus avec lui pour coordonner la répression.

4.  Les décisions qui ont été prises semblent relever d’une pensée malade qui veut semer la terreur et l’horreur. Les commandos des nazis de Pravi Sektor sont détachés officiellement dans ces régions pour mater la protestation. L’armée intervient contre son peuple et bombarde des villes où la contestation a pris forme. Des armées privées (ex-blackwatter) sont également engagées dans ces zones où somme toute, la guerre n’est pas là. Il semblerait que des agitateurs autorisés fassent tout pour envenimer la situation, installer le chaos et la guerre civile, et peut-être provoquer un conflit avec la Russie.

5. L’Otan est prêt à cette éventualité. La France a réintégré le commandement de l’Otan en 2008, depuis nous devenons des supplétifs zélés de ces guerres impérialistes. Que font trois navires de guerre français dans la mer noire ? Pour cela l’argent coule à flot alors que l’on prévoit 50 milliards d’économies. Cherchez l’erreur ! Que font les avions de combat français dans les pays baltes ?

6. Le point de culminant de l’horreur et de la duplicité des occidentaux est sans aucune hésitation le massacre de la population dans la maison des syndicats le vendredi 2 mai,  par les hordes sauvages de Pravi Sektor.  Des civils non armés ont été exterminés sans pitié dans cette tragédie. Ils ont été enfermés dans cet immeuble, puis ont péri dans l’incendie de celui-ci. Les section spéciales nazies ont même empêché les camions de pompier d’arriver sur les lieux à temps, afin de sauver des vies. Vous savez certainement tout cela, et nombre d’informations circulent sur le net pour vous faire une opinion sur ce crime contre l’humanité. Le site d’Olivier Berruyer réalise un travail important d’information depuis le début de l’affaire ukrainienne. Beaucoup d’autres sites et blog informent sur ces faits. Nous sommes nombreux à être horrifiés devant le manque de réactivité des autorités françaises et des média de grand public en général. Heureusement que certains journalistes sauvent l’honneur de la profession en déchirant le voile du silence sur cette ignominie. Jack Dion pour Marianne (

(http://www.marianne.net/Pourquoi-le-massacre-d-Odessa-a-t-il-si-peu-d-echo-dans-les-medias_a238616.html ), Daniel Schneidermann, un article du Point et quelques autres.

 

Mais des questions restent pour moi sans réponses et je les soumets à votre sagacité. Pourquoi le gouvernement de la République française et son ministre des affaires étrangères, ne dénoncent-ils pas énergiquement les nazis de Pravy Sektor ?

Pourquoi ne demandent-ils pas que les milices soient désarmées sur le champ, afin que les Ukrainiens puissent aller voter dans la sérénité?

Pourquoi ne demandent-ils pas que le parti nazi Svoboda soir exclu du gouvernement provisoire issu du coup d'état du 21 février 2014 ? Ces sinistres personnages, membres du gouvernement soutenu par l'EU et l'UE ont pour emblème la rune du loup qui n'est rien d'autre qu'une croix gammée corrigée.

 

Ils sont les sinistres descendants des ukrainiens nazis de la division DDASS Reich de triste mémoire, qui avaient brulé la population d'Oradour sur Glanes en 1944.

Comment peut-on rester indifférent à tout cela?

Comment Laurent Fabius peut-il affirmer qu'à sa connaissance il n'y a aucun nazi dans le gouvernement en Ukraine aujourd'hui? Selon ses propos, tout au plus « … Ils sont un peu plus à droite...".

Cet alignement servile sur la politique étasunienne du chaos, me révolte et me fait vomir. J'ai honte d'être représenté par ces hommes politiques qui ont perdu toute dignité. J'ai mal à la France.

 

En 2003, les partis de gauche, les syndicats, les associations et d'autres encore, avaient organisé de grandes manifestations contre la guerre en Irak, c'était notre honneur de nation civilisée qui était ainsi sauvé. Pourquoi aujourd'hui ces mêmes organisations ne réagissent-elles pas? J'aimerai comprendre pourquoi.

Nous avons accepté et soutenu tacitement la politique otannienne du pire en Libye et en Syrie. Nous avons armé et formé des djihadistes sanguinaires, pourquoi n'avons-nous pas réagi? J'aimerai comprendre.

 

Pour compléter ce message, un article d’Olivier Berruyer du 7 mai 2014 sur l’Ukraine, et une action du PRCF.

I.        [ACTION] Chronique de la haine ordinaire : Caroline Fourest ou le délire des Russes qui arrachent les yeux

Voici un exemple. Le billet de Caroline Fourest du 6 mai sur l’Ukraine (

http://www.franceculture.fr/emission-le-monde-selon-caroline-fourest-les-medias-ukrainiens-et-russes-a-des-fins-de-propagande-po )

sur France Inter, dans son émission “Le Monde selon Caroline Fourest” – un monde à part en effet :

Une pétition est en préparation, ce pourrait être une réaction massive et franche face à ce déni de réalité.

Voici un commentaire suite à cet article qui résume bien à mon sens la dynamique actuelle des maîtres du monde qui veulent anéantir les nations et les souverainetés populaires. Naomi Klein décrit cela dans son livre « La stratégie du choc ». Il me semble urgent d’ouvrir les yeux.

« En fait on est doublement en pleine période de tests:
On teste la privation et la paupérisation des grecs pour trouver le point extrême de ce que l’on peut infliger aux peuples en évitant l’explosion…
On habitue les peuples aux discours de droite (ça c’est fait), d’extrême droite (en cours) et quelques pointes de pure propagande nauséabonde pour voir la réaction, et au vu de celle-ci, il semble que l’on va pouvoir aller encore plus loin, dans l’abandon de la démocratie et les transferts de souveraineté. »

II.      Le PRCF propose également une action très intéressante,

Il s’agit d’une lettre à chaque député. Ci-dessous.

III.    Un article très intéressant paru dans « information Ouvrière ». Ci-dessous.

Bien cordialement.

Lucien PONS

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Mesdames, Messieurs les députés de l’Assemblée Nationale

 

Une nouvelle fois nous sollicitons votre attention à propos de la situation explosive en Ukraine suite au coup d’état sanglant perpétré en février dernier et dont les néonazis-fascistes furent le fer de lance. Exploitant une émotion populaire légitime, les émeutiers de la place Maïdan à Kiev ont plongé le pays dans la guerre civile ; les communistes, les antifascistes, les russophones baptisés « hommes verts » sont traqués, lynchés, brûlés vifs comme à Odessa, et leur capture est mise à prix. À Lvov, le 27 avril, les néo-nazis de Svoboda ont publiquement rendu hommage à la division SS « Galicie » en exigeant l’interdiction de la commémoration de la victoire sur le nazisme le 9 mai prochain.

 

Les putschistes de Kiev, hommes de main des forces occidentales, poussent ouvertement à une chasse à l’homme (notamment dans les provinces de l’Ouest, dont nos médias ne disent mot) et à une guerre civile qui, comme dans l’Espagne d’avant-guerre, pourrait à tout instant déboucher sur une guerre continentale, voire mondiale. En effet, la Russie, dont nos dirigeants semblent oublier qu’elle détient, comme le bloc occidental qui l’a précédée dans cette voie, l’arme nucléaire, a officiellement déclaré que l’élargissement de l’U.E., DONC DE L’O.T.A.N. au territoire ukrainien, constituerait un « casus belli ». Voilà où a conduit la politique belliciste d’encerclement et d’isolement de la Russie conduite depuis vingt ans, en prolongement ininterrompu de la guerre froide, par les U.S.A., l’U.E. et l’O.T.A.N. !

Ceux qui clamaient que l’U.E. c’était la « paix assurée » nous conduisent ainsi au seuil d’une troisième guerre mondiale. Il est urgent pour l’humanité toute entière d’éteindre l’incendie pendant qu’il en est temps et la première des mesures à prendre est de destituer et d’arrêter la junte fasciste qui a pris le pouvoir à Kiev.

Il est temps également pour nos médias et pour ceux qui les inspirent de cesser de criminaliser les populations russophones de l’Est ; ces populations ne demandent officiellement rien d’autre qu’une décentralisation et qu’une fédéralisation du pays sanctionnée par un référendum.

 

Dans notre projet de « motion de censure » daté du 26 mars nous avions posé la question-clé : qui est responsable du bain de sang du Maïdan le 19 février dernier ? Nous avions immédiatement mis en cause les partis néo-nazis et leurs soutiens internationaux. Depuis, une confirmation éclatante vient d’être apportée avec la diffusion, le 25 avril dernier, par Agoravox d’une enquête qualifiée de dévastatrice conduite par le réseau de chaînes publiques régionales allemandes A.R.D., titrée : Les morts du Maïdan.

 

Notons des extraits repris par Agoravox, il est significatif que le paragraphe introductif de la relation de l’enquête soit ainsi rédigé :

« Le silence des médias sur cette enquête est impressionnant, alors que l’information est explosive. Une enquête internationale devrait être diligentée très rapidement pour éclaircir les faits. Et l'élection du 25 mai devrait être reportée dans l'attente des conclusions.»

 

Sur les temps forts de cette enquête il est écrit :

« Les conclusions sont accablantes : les tirs des snipers venaient des étages de l’hôtel Ukrainia, tenu par les manifestants et les mêmes balles ont été extraites des corps des civils et des policiers ».

L’enquête ne démontre pas qui étaient précisément les snipers commente Agoravox mais elle indique qu’

« il est peu probable que les snipers aient pu entrer dans un hôtel tenu par les manifestants, occuper une partie d’un étage et tirer à de nombreuses reprises, sans être inquiétés ni contrôlés. Ce qui laisse penser qu’il s’agit de membres des insurgés…..  La présomption du coup d’état se renforce donc. »

 

Dans la vidéo de l’enquête on constate que le procureur, membre du parti d’extrême droite Svoboda, chargé de l’enquête officielle, se dérobe aux questions du journaliste allemand sur les snipers de l’hôtel Ukrainia. Le journaliste reçoit également des témoignages de participants du Maïdan, de parents de victimes et il fait le constat que

« la version des putschistes qui alimente les positions américaines et européennes s’effondre ».

 

La dernière partie de l’enquête journalistique est une condamnation sans appel :

« Le pouvoir en place à Kiev est dès lors suspect de meurtres en masse, et l’actuel premier ministre Yatseniouk, soutenu par l’OTAN et le département d’Etat américain, devrait être arrêté et entendu par une commission indépendante »

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Agoravox illustre l’enquête de la télévision allemande par trois montages photos représentant Catherine Ashton (représentante de l’U.E. pour les Affaires étrangères), Barak Obama et Arseni Yatseniouk avec en gros caractères : « recherché (e) pour suspicion de complicité de meurtres en masse »

.

Aux antipodes de la prétendue « révolution populaire » qu’exaltent nos médias terriblement partiaux, nous sommes donc en droit de suspecter  l’existence d’une provocation de même ampleur que celle qui, en 1933, permit à Hitler, en faisant incendier le Reichstag, d’éliminer toute opposition en Allemagne pour préparer la guerre à l’extérieur ou que les forgeries d’Etat  qui permirent plus récemment de lancer les deux Guerres du Golfe avec leur cortège de « destructions massives ».

 

Nous nous adressons donc à nouveau aux députés parce que nous considérons comme anormal que l’Assemblée Nationale n’ait pas eu encore la possibilité, conformément à son rôle défini par les articles 49 et 50 de la Constitution,  de débattre de la terrible situation qui, en Ukraine, risque à tout instant d’entraîner la France dans la guerre. Si vous partagez l’idée de ce débat nécessaire, alors vous trouverez les formes adéquates pour le susciter : motion de censure, questions orales, demande de commission d’enquête et autres : là où il y a une volonté politique, il y a toujours un chemin !

 

Le remaniement du gouvernement français n’ayant rien changé, bien au contraire, à son soutien indéfectible à la junte fasciste de Kiev, nous affirmons solennellement que l’honneur et l’autorité de la France sont outragés, que la sécurité fondamentale du peuple français peut à tout moment être terriblement compromise. Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius n’a cessé de soutenir le gouvernement des émeutiers de Kiev. Le 11 mars dernier il s’exclamait : «  quand on accuse ce gouvernement d’être d’extrême droite, c’est faux ». À l’abri de telles déclarations, le procureur fasciste de Svoboda peut dormir tranquille. Le ministre des Affaires étrangères français a pris une décision stupéfiante en autorisant M. le Drian, ministre de la Défense, à plastronner dans un avion de chasse français survolant les Etats de la Baltique et les pays de l’U.E. aux portes de l’Ukraine, toutes armes braquées sur la Russie. Faut-il rappeler à MM. Fabius et Le Drian que le parti fasciste Svoboda arborait jusqu’en 2008 l’emblème de la division SS Das Reich ? C’est ce même emblème qu’elle portait lorsqu’elle pendit, le 9 juin 1944, 99 tullistes et qu’elle massacra le lendemain les habitants d’Oradour-sur-Glane. Le 9 juin 1944 à Tulle l’officier SS Kowatsch, adjoint du sinistre Lammerding, se glorifiait d’avoir pendu 100 000 Ukrainiens à Kharkov et à Kiev. Faut-il leur rappeler les liens des dirigeants de Svoboda avec les dirigeants du Front National ? Ont-ils pensé à la joie que ces vols français ont dû procurer à tous ces laudateurs des nazis au pouvoir à Kiev et à leurs congénères des Pays baltes, qui discriminent les russophones, interdisent les partis communistes et cautionnent des défilés d’anciens Waffen-SS baltes supplétifs de la Wehrmacht ? On pense aussi aux 200 hitlériens qui se sont tranquillement réunis en avril dans la commune alsacienne d’Oltingue pour célébrer le 125ème anniversaire de la naissance d’Hitler, alors que tous les Alsaciens gardent en mémoire les horreurs commises par le Troisième Reich au camp voisin du Struthof.

 

Le soutien du gouvernement français aux criminels dirigeants nazis-fascistes de l’Ukraine constitue une insulte à toutes les victimes de la seconde guerre mondiale.

 

Durant les années terribles mais glorieuses de l’Occupation, de l’insurrection et de la Libération de la France jusqu’à la victoire totale, les résistants furent l’honneur de la France. Ils se souviennent, en ce 70ème anniversaire de la libération de notre pays que la puissante Armée Rouge écrasa à Stalingrad, à Koursk et en Ukraine l’armée hitlérienne, la SS et ses divisions Das Reich, Galicie constituée essentiellement d’Ukrainiens de Bandera alliés aux nazis, ainsi que la misérable L.V.F. de Pétain. Ils se souviennent de ces combats victorieux où prit part le glorieux régiment Normandie-Niemen symbole de la résistance commune des peuples soviétiques et français contre le nazisme.

 

Gloire éternelle à la Grande Guerre Patriotique victorieuse que le général de Gaulle salua en termes élogieux en juin 1966 à Moscou en reconnaissant « la part capitale que l’Union Soviétique prit à la victoire décisive ».

 

Mesdames et Messieurs les parlementaires, tout montre que nous sommes à un tournant de l’histoire. Cette lettre, quelle que soit la suite que chacun de vous décidera de lui réserver, prend date devant notre peuple. Que chacun assume ses responsabilités devant la paix et devant l’histoire. Pour notre part, comme nous l’avons fait pendant la seconde Guerre mondiale, nous assumons à nouveau les nôtres.

 

Le 5 mai 2014

 

Pierre Pranchère, résistant F.T.P.F. à l’âge de 15 ans, membre au Parti communiste clandestin, le parti des fusillés. Député de Tulle, (1956-58 et 1973-1978) ville résistante et martyre, député honoraire au Parlement Européen, vice-président du P.R.C.F. et président de la commission des relations internationales du P.R.C.F.

Léon Landini, président du P.R.C.F., anc. officier des F.T.P.-M.O.I., Grand Mutilé de Guerre, Médaille de la Résistance, Officier de la Légion d’honneur, décoré par l’U.R.S.S. ;

Jean-Pierre Hemmen, vice-président du P.R.C.F., fils de Fusillé de la Résistance, réprimé pour avoir refusé de porter l’uniforme sous les ordres d’un ex-général de la Wehrmacht exerçant un commandement au sein de l’O.T.A.N. ;

Georges Gastaud, fils de Résistant gaulliste, secrétaire national du Pôle de Renaissance Communiste en France.

Antoine Manessis, fils de Résistant communiste grec, secrétaire aux relations internationales du P.R.C.F.

 

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Un article éclairant publié dans l'hebdomadaire « Informations ouvrières » :

L’Ukraine au bord de la guerre

Un air de « déjà vu » ? L’offensive « antiterroriste » engagée par l’armée ukrainienne, contre la population des régions industrielles de l’est de l’Ukraine (trente morts à Slaviansk le 6 mai), tout comme le véritable massacre organisé le 2 mai dans la Maison des syndicats d’Odessa (quarante-six morts, une partie brûlés vifs, une partie exécutés d’une balle dans la tête – dont une femme enceinte – par les nervis d’extrême droite de « Pravyi Sektor »), rappellent les horreurs qui ont déclenchés, il y a plus de vingt ans, la guerre de dislocation et de décomposition de la Yougoslavie. Autre point commun avec la tragédie yougoslave : le plan de mesures draconiennes contre la population dicté par le Fonds monétaire international (FMI). La première mesure, entrée en vigueur le 1er mai, et qui frappe toute la population ukrainienne d’est en ouest, c’est l’augmentation de 50% du prix du gaz pour les particuliers, par la suppression des prix subventionnés par l’état. Cette augmentation devra être suivie par trois autres d’ici 2017, selon le rapport du FMI du 28 avril.

« L’Ukraine au bord de basculer dans la guerre », ne cesse de titrer toute la presse, de déclarer les uns et les autres parmi les gouvernants d’Europe et d’Amérique. Mais qui est responsable ? Certes, nul doute que tout n’est pas « contrôlé » dans les derniers évènements sanglants d’Odessa et de Slaviansk. Mais qui pousse aux affrontements, à la dislocation ? La Russie ? C’est en tout cas ce que prétendent les Obama, Merkel, Hollande. Pourtant Poutine déclarait le 5 mai qu’il fallait « chercher à renouer le dialogue entre Kiev et les régions du sud-est ». Mais les généraux de l’OTAN ont déjà prévu la parade : « le général Breedlove a dit avoir pensé, jusqu'à il y a une semaine, que la Russie allait probablement déployer ses troupes dans le sud de l'Ukraine (…) Mais il a changé d'opinion. "Aujourd'hui, je vous dirais que je ne pense pas que ce soit le plus probable", a-t-il dit. "Poutine pourrait atteindre ses objectifs dans l'est de l'Ukraine et ne jamais faire traverser la frontière à ses forces", a-t-il ajouté.»… mais c’est quand même la Russie qui est responsable de tous les maux !

Et pourtant, il est un fait qui, jusqu’à présent, n’a été démenti par personne à Washington : citant des sources du renseignement allemand, le journal Bild du dimanche 4 mai affirme que des dizaines d’agents de la CIA et du FBI aident le gouvernement ukrainien « à mettre un terme à la rébellion dans l'est de l'Ukraine et à mettre en place un dispositif de sécurité efficace ». Selon le journal allemand, « les agents n'ont pas été directement engagés dans les affrontements avec les séparatistes prorusses : leur activité est cantonnée à la capitale, Kiev. »

Le fait que ces informations soient publiées par un journal allemand tout à fait institutionnel révèle une crise certaine du côté des alliés du gouvernement américain. De toute évidence, une partie du patronat allemand n’est pas particulièrement favorable ni à la politique « ukrainienne » de Washington, ni aux sanctions contre la Russie. Mêmes tiraillements jusqu’au sommet des institutions américaines : ainsi le Wall Street Journal, dans son éditorial du 2 mai, pousse à une implication plus directe, militaire, des Etats-Unis… critiquant Obama pour la « faiblesse » des sanctions prononcées jusque-là.

Au-delà de tous ces aspects de crise, il n’en demeure pas moins que la politique du gouvernement américain, de l’Union européenne (dont le gouvernement « socialiste » français), est responsable du développement de la guerre sur le continent européen. Après avoir poussé en avant les forces les plus réactionnaires qui sont aujourd’hui au pouvoir à Kiev, ils portent la responsabilité de tous les dérapages et provocations qui peuvent ensanglanter la région.

« Que les diables brûlent en enfer (…). Il faut chasser nos esclaves intérieurs par la guerre. Bravo à nos guerriers », a déclaré Irina Faryon, député du parti d’extrême droite Svoboda à la Rada (Parlement) ukrainienne, après l’annonce du pogrom qui a coûté la vie à quarante-six manifestants anti-gouvernementaux, dans l’incendie de la Maison des syndicats d’Odessa, le 2 mai. Cet individu est censé rapporter au Parlement sur la question des langues, et elle multiplie les provocations contre la moitié de la population ukrainienne dont la langue maternelle est le russe (concentrée au sud et à l’est du pays, ainsi qu’à Kiev). Et les apprentis sorciers de Washington et Bruxelles qui poussent en avant de tels individus ne porteraient pas la responsabilité d’un scénario « à la yougoslave » ?

Nul ne peut prévoir quels seront les développements des jours à venir. Une chose est certaine, une guerre « à la yougoslave » aux portes de l’Union européenne et de la Fédération de Russie, provoquée par un gouvernement de mercenaires au service du FMI et de l’Union européenne, serait un coup porté, non seulement au peuple ukrainien, mais à tous les travailleurs et à tous les peuples de la région, tant à l’ouest qu’à l’est de l’Ukraine.

Dans les régions industrielles et minières de l’est de l’Ukraine, où les manifestations se poursuivent contre le gouvernement de Kiev, la correspondante du Nouvel Observateur s’interroge : « si les mineurs se réveillent ». Nombreux dans les manifestations anti-gouvernementales, note-t-elle, « ils ne forment pas, pour l’instant, le gros des bataillons. Pas question de quitter la mine, une situation privilégiée dans cette région littéralement minée par le chômage… "Le patron nous a clairement dit qu’on serait viré après une seule journée d’absence", regrette Vadim, 24 ans, qui rêverait d’en découdre lui aussi avec "les fascistes de Kiev" ». Les 22 et 23 avril, plusieurs milliers d’entre-eux ont débrayé à Krasnodon, contre le licenciement de 30 collègues qui avaient participé aux manifestations. Le 4 mai, des métallos d’une usine appartenant à l’oligarque Rinat Akhmetov, à Ienakiévo, débrayent… Ils ont démenti, par leur action pratique sur le terrain de classe, les déclarations de certains de leurs dirigeants qui, il y a quelques jours, annonçaient que « les mineurs iront régler leur compte aux séparatistes », se solidarisant ainsi du gouvernement qui, tôt ou tard, au nom du FMI, s’attaquera aux dizaines de milliers d’emplois dans les mines.

 

Dominique Ferré

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07/05/2014
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